Mesure de la dureté des roches

par une plaquette de diamant polycristallin

PERRIER R., Mines et Carrières, vol. 79, p. 32-38, mai 1997

 
    Le concept de dureté des roches et des minéraux est assez mal défini, faisant intervenir plusieurs phénomènes physiques distincts. Nous présenterons d'abord les diverses méthodes qui ont été envisagées pour cerner ce paramètre, puis nous proposerons une méthode visant a caractériser l'énergie spécifique des roches, par gravure à la surface d'une plaque de roche d'un sillon de forme définie, mesure représentative de l'énergie nécessaire pour usiner la roche.les présentent en effet des différences considérables d'usinabilité, et la mesure d'un paramètre caractérisant leur difficulté de sciage a des implications importantes dans le domaine des carrières (sciage au câble diamanté, havage) et de la transformation des roches (sciage au châssis, sciage aux disques diamantés, polissage).

Les roches ornementales présentent en effet des différences considérables d'usinabilité, et la mesure d'un paramètre caractérisant leur difficulté de sciage a des implications importantes dans le domaine des carrières (sciage au câble diamanté, havage) et de la transformation des roches (sciage au châssis, sciage aux disques diamantés, polissage).

1 - Mesures antérieures

a - Résistance à la rayure

       Fig. 1 - Dureté Mohs des minéraux usuels

   Dès 1822 le minéralogiste autrichien Friedrich Mohs proposait pour les minéraux une échelle de dureté allant de 1 pour le talc à 10 pour le diamant. C'est une échelle relative et qualitative basée sur le fait qu'un minéral correspondant à un certain degré raye les minéraux situés plus bas sur l'échelle, et peut être rayé par les minéraux d'un degré supérieur. On peut en outre reprocher à cette méthode de dépendre des directions cristallographiques, le cas extrême étant celui du disthène, qui a une dureté Mohs de 4,5 parallèlement à l'axe c, et de 7 dans la direction perpendiculaire ; pour la calcite cette anisotropie varie de Mohs 2 à 3 selon   la direction.

Le tableau de la figure 1 donne la dureté Mohs des minéraux les plus communs. On sait que le quartz (Mohs 7) est à l'origine de la difficulté du sciage des granites et des quartzites, mais il existe des minéraux plus durs, pouvant se trouver en petite quantités dans les roches ornementales, tels le staurotide, la tourmaline, l'andalousite, le zircon, certaines spinelles. Du corindon a été déterminé dans des granites d'Espagne et de Bretagne (Bignan), ainsi que dans les calcaires lutétiens du bassin de Paris.                 

Des essais d'abrasion effectués par RosiwaI ont bien montre que l’échelle de Mohs est loin d'être linéaire, surtout dans les degrés élevés (fig. 2) : si l'on conserve le degré 9 pour le corindon, le diamant devrait avoir une valeur de 42,5. Les essais d'indexation du type Knoop ont confirmé que le diamant devait se placer à grande distance du corindon, espace dans lequel se situent les matériaux ultra-durs.    

     

Fig. 2 - Comparaison des duretés Mohs, Rosiwal et Knoop                               


  Fig. 3 - Mesure de la largeur de rayure dans les roches calcaires 

Pour les roches calcaires, la méthode indiquée par la norme NF B10 506, inspirée du scléromètre de Martens, propose de mesurer la dureté superficielle par la largeur d'une rayure faite par une pointe d'acier rapide chargée par une masse de 3 kg (fig.3) ; on trouve des valeurs de l'ordre de 2 mm pour les calcaires tendres, se réduisant à 1,15 mm en présence de calcin. On mesure environ 1 mm pour les calcaires durs, même 0,71 mm dans le Comblanchien et 0,62 dans le calcaire de Montalieu-Villebois. Mais la méthode n'est pas applicable dans les roches comportant plusieurs minéraux, en particulier dans les granites : la rayure serait trop étroite dans le quartz et les silicates, et variable d'un minéral à l'autre (on ne serait pas en droit de faire des moyennes entre les largeurs).

   b - Résistance à l'indentation ou au poinçonnement

Un poinçon de matériau dur et de géométrie déterminée est enfoncé dans le matériau à tester sous l'effet d'une charge connue, on mesure les dimensions de l'empreinte.

Ces méthodes, très variées, sont surtout utilisées dans les métaux, qui se déforment plastiquement autour du poinçon. L'outil est une sphère d'acier ou de carbure dans l'essai Brinell, une bille d'acier ou un cône de diamant dans l'essai Rockwell, un diamant pyramidal dans l’essai Vickers, etc. La méthode Knoop a été appliquée aux minéraux ; l'indenteur en diamant a la forme d'une pyramide à base losangique, la charge (P) de 10 à 200 g donne une empreinte de petite taille, qui est mesurée sous microscope : la plus grande diagonale D donne la dureté Knoop 

K =14230 P/D2

Le mécanisme du poinçonnement a été étudié par Swain et Lawn (1976), avec des indenteurs en carbure de tungstène ou en diamant, sur le verre et le granite. Ils ont montré l'existence de plusieurs étapes (fig. 4) :

- après la déformation élastique, la descente de l'indenteur provoque des fractures coniques, qui débutent sur des défauts de surface si l'indenteur est arrondi, sur des défauts en profondeur s'il est aigu. La présence d'eau, même à l'état de vapeur, facilite la formation des fractures quand la vitesse de descente est lente, et diminue donc la résistance à la fracturation.

Les fractures produites sont des fractures d'extension.

- pendant la remontée de l'indenteur, les fractures précédentes se referment, mais des fractures d'un autre type apparaissent, qui détachent des écailles importantes en forme de cupules. Ce sont bien entendu ces dernières qui produisent l'effet destructif le plus marqué sur la roche.


    Fig. 4 - Rupture des roches en poinçonnement

c - Méthodes de rebondissement

Le marteau de Schmitt, développé initialement pour tester le béton, a aussi trouvé des applications pour caractériser qualitativement les roches massives. Une masse est propulsée dans un tube par un ressort ; on mesure la hauteur de rebondissement de la masse après la frappe, la dureté est évaluée selon une échelle arbitraire allant de 0 à 100. En laboratoire, l'échantillon est placé sur une enclume en V de 20 kg pour éviter les pertes d'énergie ; les résultats s'étendent de 0 pour les roches tendres à 60 pour les plus dures.

Le scléroscope de Shore procède d'un principe similaire, à plus petite échelle ; le marteau, long de 3/4" et d'un diamètre de 1/4", d'une masse de 2,36 g, est garni d'un impacteur en diamant, avec une extrémité arrondie de 1/100". Il tombe dans un tube en verre, d'une hauteur de 25,4 cm ; on mesure la hauteur de rebond après un choc sur une surface plane. Le volume de l'échantillon doit être de plus de 40 cm3 '' on fait une vingtaine de mesures en des points différents, en évitant les bords, et l'on calcule la moyenne. La présence d'eau dans les roches poreuses diminue la hauteur de rebond. On peut aussi faire des mesures répétées en un seul point, en notant le rebond initial puis la limite vers laquelle tend le rebond après différents chocs, ce qui donne une idée de la ténacité.

Pavone (1982) rapporte que le rebondissement sur des calcaires poreux augmente pendant les premiers chocs, par écrasement des aspérités, puis se stabilise à une hauteur constante. La hauteur de rebondissement stabilisée montre une corrélation avec le module d'élasticité dynamique. Après un certain nombre de chocs, la hauteur diminue rapidement, ce qui correspond à la rupture de l'échantillon.

On comprend qu'à partir de mesures faites sur les différents minéraux d'une seule roche, on ne puisse calculer une moyenne. Ces essais font intervenir à la fois l'élasticité et la rupture, aussi bien que la dureté.

d - Essais d'abrasion

Ils consistent à mesurer le volume enlevé à l'échantillon par un disque tournant chargé de matière abrasive et appuyant avec une force connue. La forme des grains abrasifs est mal contrôlée, ils tournent et se fracturent pendant l'essai, le résultat dépend de la manière dont l'opérateur distribue l'abrasif.

En Allemagne (DIN 52-108) et aux Etats Unis (ASTM C 241-04-8) l'abrasif est de l'alumine ou corindon, en Italie (Université de Pise) il s'agit de carbure de silicium, en Russie c'est une meule et non plus de l'abrasif en grains. Pour les matériaux routiers, l'essai Los Angeles consiste à faire tourner les morceaux de roche dans un cylindre avec des billes d'acier, tandis que dans l'essai Deval les morceaux tournent de même mais sans abrasif : ils s'usent les uns les autres par attrition.

La méthode française pour les roches ornementales (norme NF B 10-508) utilise du sable fin (de Fontainebleau), travaillant à sec entre un disque d'acier de 200 mm de diamètre et de 10 m d'épaisseur d'une part, et l'échantillon d'autre part, contre lequel il est appliqué avec une force de 2 kgf (fig. 5). Le sable étant constamment renouvelé, son état d'usure n'intervient pas; après un parcours périphérique de 47,1 m, la longueur de l'empreinte est mesurée. La pression n'est pas constante pendant l'essai, puisque l'empreinte s'élargit. La norme recommande pour les revêtements de sols subissant un passage intense de piétons des roches dont l'empreinte est inférieure à 28 mm ; pour un trafic normal elle de doit pas dépasser 37 mm, et pour les locaux individuels on admet des valeurs jusqu'à 47 mm. La figure 6 indique quelques résultats que nous avons obtenu sur des roches ornementales diverses.


    Fig. 5 - Mesure de la résistance à l'abrasion par le sable sec


    Fig. 6 - Résultats obtenus avec l'appareil de la figure 5

Des essais de sablage ont aussi été proposés, en propulsant un abrasif par de l'air comprimé. Il semble que l'efficacité du sablage dépende plus de l'angulosité des fragments que de la nature de l'abrasif. Verhoef (1987), utilisant du sable siliceux, montre que les pertes de volume de la roche croissent exponentiellement avec la vitesse des particules ; les fragments  sont arrachés préférentiellement selon les microfractures des cristaux et le long des joints entre grains. Le volume enlevé montre une certaine corrélation avec l'essai brésilien de résistance à l'extension.

Au total tous les essais précédents sont purement empiriques, mais, ce qui est plus gênant, c'est que leurs résultats ne sont nullement comparables entre eux car l'abrasif, le fluide d'entraînement (eau, huile, air), la pression et la distance parcourue varient pour chaque méthode. Il conviendrait à notre avis de mettre au point une méthode d'usure employant non pas une poudre abrasive, dont l'angulosité est variable et mal connue, mais une meule diamantée spécialement sélectionnée dont on contrôlerait l’avivage, c'est à dire la protrusion des diamants au dessus de la matrice de carbure ; cette méthode aurait l'avantage de se rapprocher des conditions d'usinage (sciage et polissage).

Quelques essais de sciabilité ont été effectués en mesurant les paramètres de sciage au disque diamanté, qui ont conduit à créer des échelles pour les granites (voir Perrier, 1993) ; la possibilité de scier les granites par passes profondes est en cours d'étude en Italie, dans le cadre d'un projet de recherche européen (Pedrini ,1996).

e - L'action des outils tranchants

    Dans les méthodes précédentes l'outil usant la roche est formé de grains abrasifs, choisis si possible parmi les matériaux durs, présentant une angularité mal définie et une orientation quelconque. On emploie aussi dans le travail des roches des outils tranchants, ayant une géométrie définie, travaillant soit par poussée continue, soit par chocs.

Fig. 7 - Angles d'affûtage

        Le premier cas est celui des plaquettes de haveuses et d'appareils de forage rotary. Les angles classiques d'affûtage sont (fig. 7) :

- la dépouille g, qui réduit les frottements au fond de l'entaille,

- le taillant b : si cet angle est faible, la pénétration dans la roche et la formation de gros éclats est facilitée, mais le biseau est fragile,.

- l'angle d'affûtage a, qui est le complément à 90°, et peut être négatif.

Le biseau des outils manuels pour le travail des marbres et calcaires est aigu, par contre il est arrondi pour le travail des roches siliceuses, afin d'éviter un ébrèchement trop rapide.

Dans le travail des métaux, les outils tranchants produisent des copeaux, plus ou moins continus selon la plasticité du métal. Dans les roches, qui toutes sont fragiles, les outils ne produisent que des éclats, avec des saccades correspondant aux ruptures successives, qui produisent des vibrations. Nishimatsu (1971) a bien montré ce mécanisme (fig. 8) :

Fig. 8 - Mécanisme de la rupture par un outil tranchant en mouvement continu, selon Nishimatsu (1971)

 - dans un premier temps, la roche est écrasée le long du biseau en a, tendant à adhérer à l'outil,

- puis un éclat de grande taille se détache à partir du point A : à noter que ce n'est pas le biseau de l'outil qui fait débuter l'écaille, mais la zone écrasée en avant du biseau. L'écaille peut descendre au dessous de la trajectoire du biseau, laissant une zone indemne b, qui sera broyée ensuite par l'outil.

Il en résulte un état de surface très rugueux au fond de l'entaille. La contrainte sur l'outil est forte pendant la première phase de broyage, puis est elle se relâche brusquement au départ de l'écaille, d'où un important mouvement de broutage et des vibrations. L'effort moyen sur l'outil est, selon cet auteur, proportionnel à la profondeur de la passe et à la résistance au cisaillement de la roche, l'angle d'affûtage intervenant de manière plus complexe.

Depuis l'apparition de plaquettes de diamant polycristallin, des outils de forage rotary emploient des plaquettes rondes, qui ont largement augmenté la durée de vie des outils. Glowka (1989) a trouvé une relation entre la force verticale sur l'outil F et la profondeur de passe d :

F = C AW d n

dans laquelle Aw est la surface usée par l'outil, C et n des coefficients empiriques. En forage, l'outil s'échauffe considérablement (300°C en forage à la boue, 700°C en forage à l'air), alors que le support en carbure de tungstène et cobalt voit ses propriétés amoindries à partir de 350°C. On connaît des exemples dans lesquels les déblais de forage montrent des indices de métamorphisme.

L'action des outils tranchants percutants, tels que ceux des marteaux perforateurs, a été étudiée par plusieurs auteurs aux Etats Unis. La relation d'Hustrulid (White, 1969) relie la vitesse de pénétration V à l'énergie de chaque choc (Ec), à la fréquence des coups (f), à la surface du fond de trou (S), au rapport de l'énergie transférée à la roche sur l'énergie d'un choc (R) et à l'énergie nécessaire pour enlever un volume unitaire de roche, ou Energie Spécifique (Es):

V = k Ec F R/Es S

La destruction de la roche par le choc du taillant est analysée par White de manière similaire à l'effet de poinçon (fig. 9) : au début du choc, la roche est comprimée élastiquement sous le taillant tandis qu'à distance se forment des fractures radiales (a). La roche comprimée sous le taillant s'écrase ensuite brusquement et se pulvérise (b). Quand le taillant commence à rebondir, les parties périphériques se détachent en grandes écailles (c et d), il reste une surface rugueuse avec des coins de roche pulvérisées. L'auteur a recherché des corrélations entre le temps mis pour forer un pied par une petite machine de laboratoire et d'autres propriétés physiques des roches, sans grand succès.


Fig. 9 - Mécanisme de la rupture par un outil à percussion (d'après White, 1969)

2 - L'appareil utilisé

Au vu des travaux antérieurs, qui montrent la variété des paramètres intervenant dans le concept de "dureté", il nous a paru intéressant de mesurer plutôt l'énergie spécifique de la roche, qui représente le travail nécessaire à la réduction en fragments d'un volume unitaire : cette énergie dépend de la taille des fragments, et nous avons choisi de nous rapprocher de la taille des débris produits par les outils diamantés habituels.

L'appareil grave une rayure rectiligne de profil défini sur une surface plane de la roche ; l'outil est affûté avec une géométrie déterminée, on mesure l'effort sur l'outil parallèlement à la direction de déplacement.

Il serait également possible de faire ces mesures sur un tour, avec un déplacement relatif hélicoïdal de l'outil, mais au prix d'une préparation assez longue d'échantillons cylindriques; le déplacement rectiligne sur une face plane, a l'avantage d'une préparation simplifiée puisque l'industrie de la pierre fournie des plaquettes bien planes et polies.

Une mesure de la force normale exercée sur l'outil pourrait être envisagée ; cette force est indispensable pour assurer la pénétration de l'outil dans la roche, mais elle est passive, et absorbée par le bâti des machines. Par contre la force parallèle, ou tangentielle, représente bien mieux l'énergie fournie par les moteurs des machines, qui se transforme (aux pertes de transmissions près) en énergie de destruction de la roche. Il y a donc une relation directe entre énergie spécifique d'une roche et consommation électrique des machines.

2.1 - Réalisation mécanique (fig. 10)


    Fig. 10 - Schéma de la partie mécanique de l'appareil proposé

   Le bâti de la machine d'essai est construit en tôle épaisse de 6 mm et supporte deux glissières à billes de précision ; un réglage du parallélisme des glissières est prévu pour laisser un jeu vertical minimum pour le déplacement du chariot, sans quoi le chariot remonte sous la poussée de l'outil, et la largeur de rainure n'est pas constante. A l'intérieur du bâti sont logés le dispositif de mesure et la partie électronique.

Le chariot coulissant dans ses glissières comporte un plateau rectifié, avec un espace axial pour le passage de l'outil ; l'échantillon est placé avec sa face plane à mesurer sur le plateau, il est maintenu fermement par une plaque d'appui et 4 ou 6 vis de pression ; la longueur de l'échantillon peut atteindre 200 mm, son épaisseur de 22 mm, sa largeur n'est pas limitée. Une précaution à prendre avant de placer l'échantillon est d'aménager un biseau pour éviter un choc brutal de l'outil au moment du contact.

Le chariot est entraîné par une vis M10 au pas de 1,5 mm, accouplée à un moteur électrique monophasé de 0,55 kW (1420 t/mn) ; des interrupteurs de fin de course limitent le déplacement du chariot, l'énergie cinétique étant absorbée par des tampons de caoutchouc. Avec ces paramètres la vitesse du chariot est constante quels que soient les efforts de coupe, et d'une valeur de 35,5 mm/s.

L'outil est une plaquette de diamant polycristallin (PCD) de fabrication De Beers, en  forme de carré de 5 x 5 mm ; son épaisseur est de 0,56 mm, elle est brasée sur un support en carbure de 2,5 mm. L'atelier spécialisé qui l'a montée a réalisé un affûtage avec un angle de dépouille de 5°, et arrondi les angles suivant un rayon voisin de 0,5 mm. L'outil est fixé dans la rainure du porte-outils par un doigt de pression ; la plaquette peut être tournée et chacun des quatre sommets utilisé tout à tour.

Fig. 11 - Surface de la rainure de la plaquette PCD utilisée en fonction de la largeur de rainure

    Le porte-outils, d'une longueur de 100 mm, est placé sur un axe transverse excentrique : la rotation de cet axe à l'aide d'un bras placé à une extrémité permet de régler avec précision la hauteur de la pointe, et assurer ainsi une rainure de largeur déterminée.

Pour la plaquette utilisée, la surface de rainure correspond à celle d'un segment circulaire de 0,375 mm de rayon réel (contrôlé au microscope) augmentée de celle d'un trapèze : elle atteint 0,22 mm2 pour une largeur de 1 mm ( voir figure 11). En vue d'assurer une précision convenable à la mesure, la largeur de rainure est contrôlée sous microscope : comme les rainures dans les roches sont toujours plus ou moins ébréchées à cause de leur fragilité, on emploie pour ce réglage une plaque d'alliage d'aluminium bien plane, de 10 ou 12 mm d'épaisseur.

    2.2 - Capteur de force

A mi-hauteur de l'outil est fixé un anneau d'alliage d'aluminium de 50 mm de diamètre extérieur et de 10 mm de largeur. La fixation comporte un étrier et une vis de pression assurant un contact ponctuel, de telle manière qu'au repos aucune contrainte ne soit imposée à l'anneau.

L'épaisseur de l'anneau conditionne sa déformabilité, donc la gamme de la mesure ; pour notre application une épaisseur de 5 mm a été retenue. L'autre côté de l'anneau est relié au châssis par une fixation similaire. Sur l'extérieur de l'anneau sont collées deux jauges de contrainte Kyowa de 8 x 28 mm (120 W).

Ces deux jauges sont insérées dans un pont de Wheatstone alimenté par une tension constante de 6 volts, l'équilibre du pont est assuré par un double potentiomètre de 200 et 24 W.

    Le signal de déséquilibre du pont est écrêté par deux transistors NPN, puis fortement amplifié par un amplificateur opérationnel différentiel quadruple de Linear Technology (LT 1014) ; le gain est réglé par un potentiomètre de 2 RW. Un autre potentiomètre de 500 W, accessible de l'extérieur, permet de régler le zéro de l'appareillage en sortie.

2.3 - Etalonnage

Le capteur de force est étalonné par un dispositif à levier avec un rapport de 1/10 (fig. 12). Les poids sont accrochés au bout du bras, sans dépasser la limite élastique de l'anneau, soit environ 15 kg pour un anneau de 5 mm d'épaisseur. On règle le gain pour obtenir 4 volts à la sortie de l'amplificateur : la charge de 15 kg correspond à 150 kgf sur l'anneau. Lorsque ce dernier est mis en place sur le porte-outils, le bras de levier étant de 2/1, la force exercée sur la pointe de l'outil serait de 75 kgf, soit 735,7 N.

Fig. 12 - Dispositif d'étalonnage du capteur de force, et exemple d'étalonnage

Un galvanomètre gradué de 0 à 100 unités, placé en façade, permet d'apprécier qualitativement la force sur l'outil. Cependant cette force étant rapidement variable pour les roches, il est préférable d'enregistrer la tension de sortie de l'amplificateur.

Pour cela notre chaîne de mesure comprend un oscilloscope numérique à 50 Mhz, relié à un micro-ordinateur par une liaison série isolée optiquement, les écrans du PC peuvent ensuite être enregistrés sous forme de fichiers numériques et imprimés.

Le second étalonnage est celui de la largeur de rainure ; le bras en bout de l'axe excentré du porte-outil permet d'ajuster la hauteur de pointe ; une plaque d'aluminium est fixée sur le chariot, un sillon est gravé, on l'examine sous microscope au grossissement de 32 avec un oculaire micrométrique : une division de notre oculaire représentant 25 µm, si la largeur est réglée à ± 1/2 division, la précision sur la surface est de l'ordre de ± 3,5 %. Après une série d'essais sur roches, la largeur de rainure est vérifiée à nouveau avec la plaque d'aluminium, et périodiquement l'état de l'arête coupante est contrôlé à la loupe.

2.4 - Mesures effectuées

    Dans une première série de mesures nous avons effectué des rayures sur une large gamme de calcaires et de marbres, sur de l'albâtre gypseux, un grès, un quartzite (Macauba) et deux granites (Ghiandone et Tarn). Ces derniers tests ayant ébréché sérieusement le diamant polycristallin, la seconde série de mesures a exclu les quartzites et granites (fig. 13).


        Fig. 13 - Résultats de mesure

La mesure de la force exercée par le rainurage de l'alliage d'aluminium s'est avérée beaucoup plus élevée que celle des roches (446 N contre environ 160 N dans les granites), il a fallu de ce fait choisir un gain plus faible pour l'aluminium et plus élevé pour les roches.

L'aluminium produit un copeau régulier, enroulé en hélice, le sillon est lisse et sans arrachements de métal tant que l'outil est en bon état. L'enregistrement du signal du capteur de force montre une forme régulière, l'amplitude ne dépend que des irrégularités de la largeur du sillon, liées aux inégalités de surface.

Sur les roches, les bords du sillon montrent de nombreux éclats, de taille variable selon les roches : les plus importants éclats, d'aspect conchoïdal (fig. 14) se forment sur les calcaires à grain fin comme le Comblanchien et le calcaire de Solnhofen (Bavière). A l'extrémité du sillon l'outil provoque l'arrachement d'un éclat conique. Les enregistrements montrent un tracé irrégulier (fig. 15), lié au départ des éclats, à la traversée de grains plus durs (Beaulieu) ou à des irrégularités de cimentation.

Fig. 14 - Exemples d'ébréchures des bords de rainures. En haut, dans le calcaire à grain fin de Comblanchien,  les éclats conchoïdaux sont nombreux ; les fines rayures correspondent à des défauts de polissage. En bas, dans le marbre à très gros grain Asia, les bords sont peu ébréchés. L'outil se déplace de gauche à droite, la barre blanche représente 10 mm.

La force variant constamment au cours de la gravure du sillon, on obtient la force moyenne par intégration. Les valeurs moyennes obtenues varient entre 23 N pour l'albâtre gypseux et environ 160 N pour les deux granites, mais cette dernière valeur n'est qu'un ordre de grandeur car l'arête coupante a été endommagée au cours de leur test.

Fig. 15 - Enregistrements sur alliage d'aluminium et roches

Le calcul de l'énergie spécifique consiste à évaluer le produit de la force moyenne par le déplacement pour un volume unité. Avec la plaquette de diamant utilisée, la surface d'un sillon de 1 mm de large est de 0,22 mm2 ; le volume d'un sillon de 1 m de long serait de 220 mm3, soit 220.10-9 m3 ), l'énergie spécifique en unités du S.l. est alors

Es (joule. m-3) = Force (N) * Déplacement (m) / volume (m3) = F. 10 3 / 220.10-9

Es (Mj.m-3) = 4,54 * F

Noter que le mégajoule par mètre cube est égal au joule par centimètre cube. La gamme des résultats est reportée sur la figure 16. Les deux calcaires poreux (Beaulieu et Chauvigny), le grès calcaire à grain fin (Pietra serena de Toscane) et l'albâtre se trouvent aux environs de 100 Mj.

Fig. 16 - Tableau de l'énergie spécifique des roches étudiées
   

Les calcaires marbriers (Comblanchien de Bourgogne, Portorod'Italie, Noir de Denée en Belgique) se situent entre 160 et 280 unités. Les marbres (Afyon à grain fin de Turquie, Carrare, Borba du Portugal) et Asia de Turquie (grains centimétriques) se retrouvent dans la même gamme, avec une exception pour le Trigaxes, marbre portugais à gros grain (110). Loin au dessus (vers 730) se placent les granites(Ghiandone et Tarn).

L'aluminium, qui avoisine 1580 unités, se trouve largement au delà des granites, il demande donc beaucoup plus d'énergie pour son usinage que toutes les roches testées.

En conclusion, cet appareil différencie bien les roches en fonction de leur difficulté d'usinage. Il pourrait remplacer un certain nombre de tests comme la largeur de rayure, l'abrasion, l'usure au disque, en se rapprochant des préoccupations de l'industrie de transformation de la pierre, qui souhaite pouvoir quantifier la difficulté de havage et de sciage.

Naturellement des essais plus larges devraient être entrepris, en association avec des essais en  grandeur réelle de havage et sciage, sachant que pour les roches siliceuses (quartzites et granites en particulier) il faudra renouveler fréquemment l’arête de l’outil PCD.

       Références

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