Nous avons rendu compte dans Le
Mausolée de
mars 1998 (p. 46-51) des travaux de Giorgio C., ingénieur
conseil de la société
Pometon (producteur de grenailles pour le sciage des roches
siliceuses), sur la
sciabilité des granits.
Depuis cette date, Giorgio C. a
exposé, au long de
cinq articles parus dans l'Informatore del Marmista
(n°
425-426-428-429 et 430) les résultats de mesures de
résistance à l'abrasion
effectuées sur des roches ornementales.
Son but était de trouver une relation
entre la
résistance à l'abrasion et la résistance à
la compression ou à la flexion, dans
la perspective ultérieure de corréler avec la
sciabilité.
Les mesures ont été
relevées sur divers catalogues
internationaux de roches, au total environ 582 roches de types divers;
le plus
important catalogue est celui édité à Taiwan en
1996, qui décrit 178 roches
provenant de toutes les parties du monde.
Les principaux pays représentés
sont l'Espagne (210
roches), l'Italie (80), la Chine (74), la Grèce, le
Brésil, l'Inde, l'Uruguay,
le Canada, la Norvège, l'Afrique du Sud, le Portugal...
Malheureusement, il se trouve que la
résistance à
l'abrasion a été mesurée selon des normes
différentes, et que l'on ne connaît
pas de facteur de conversion entre ces
mesures. La situation est comparable à celle du Moyen-Age, lors
de la
construction des cathédrales gothiques : chaque province
employait sa propre
unité de longueur, sans que les équivalences soient
connues.
A - En Italie on emploie le
tribomètre
d'Amsler, selon les normes RD2232 et RD2234, datant de 1939, qui
s'appliquent
respectivement aux pierres de taille et aux revêtements de sol.
Il s'agit d'un
disque de fonte, de 52 cm de diamètre, tournant dans un plan
horizontal. Deux
échantillons de 50 cm², tournant selon leur axe, sont
appliqués sur le disque
avec une pression d'environ 0,3 kg/cm²; l'un des
échantillons est celui à
mesurer, l'autre est un échantillon de référence
(granite San Fedelino, à l'Est
de Lugano). L'abrasif est du carborundum mélangé à
de l'huile selon la norme
RD2232, du sable siliceux selon la RD2234. Le parcours total est de 500
m. Les
résultats sont exprimés :
- soit en mm / km (usure absolue) : 1,98
à 3,9 mm / km
pour les granites italiens,
- soit en coefficient relatif (ou usure
relative), par
comparaison avec l'usure du granite de San Fedelino. Ce coefficient est
le
rapport de l'usure du San Fedelino sur l'usure de l'échantillon,
il indique
donc une résistance à l'abrasion. Les résultats
s'étendent de 0,92 à 1,17 pour
des granites italiens.
Giorgio C. émet quelques critiques sur
cette méthode :
difficulté d'obtenir des échantillons du granite
témoin, résultats dépendant de
l'usure du plateau, mais surtout variabilité du granite
témoin dont l'usure
peut varier de 2,88 à 4,18 mm / km.
La dureté Ha, ou résistance
à l'abrasion,
variant en sens inverse de l'usure, est donnée par la formule
Ha = 10 G
(2000 +
Ws) / 2000. Wa
E - En Espagne, l'Annuaire 1996
fournit les
données d'usure en mm, sans qu'on sache quelles méthodes
ont été employées.
F - La norme européenne EN 102
(méthode Capon)
concerne en fait les carreaux de céramique non
émaillée, mais des tentatives
ont été faites en Italie pour l'appliquer aux roches
ornementales, avec encore
peu de résultats. Elle diffère nettement des autres, car
elle utilise un disque
d'acier de 200 mm de diamètre et de 10 mm d'épaisseur,
tournant à 75 t/mn
autour d'un axe horizontal et appliqué contre un
échantillon par un
contrepoids. L'abrasif est de l'alumine de grain 80, qui
s'écoule à sec, le
parcours est de 94,2 m. Le disque creuse une empreinte cylindrique,
dont on
mesure la corde. Le contrepoids est réglé de telle sorte
que l'empreinte soit
de 32 mm pour un granite de référence, provenant
d'Autriche.
On obtient des empreintes de 42 à 56
mm dans des
marbres et calcaires, de 24,5 à 29 mm dans des granites divers.
Nous noterons
comme avantages de cette méthode le fait que l'abrasif est
renouvelé
continuellement, et qu'il est forcé entre le disque et
l'échantillon ; mais la
pression varie au cours du creusement de l'empreinte.
3
- Recherche de corrélations
Giorgio C. a effectué de nombreux
essais de
corrélations, présentés sous forme graphique,
à partir de valeurs relevées dans
les catalogues. Vu la diversité des méthodes
employées, il a tenté d'abord de
calculer des équivalences entre méthodes, puis de
corréler avec les mesures de
résistance en compression et en flexion.
A - Corrélations entre méthodes
de mesure
Comparant la méthode italienne et
norme DIN, la figure
2, basée sur 9 roches, indique une pente de l'ordre de 2,
là encore les mesures
sont trop peu nombreuses.

Fig. 1 - Comparaison entre
résistance à l'abrasion ASTM et italienne

Fig. 2 - Comparaison entre usure
irtalienne et usure DIN pour des roches de la région de Trieste
Par contre, la résistance à la
flexion ne montre
aucune corrélation avec l'usure pour de nombreuses roches
provenant de Norvège,
Finlande, Canada, Brésil, Inde et Chine. A titre d'exemple, la
figure 4 montre
des résultats pour des roches de provenance diverse.

Fig. 3 - Comparaison entre
résistance à l'abrasion ASTM et résistance
à la compression pour des roches d'Uruguay

Fig. 4 -
Comparaison entre résistance à l'abrasion ASTM et
résistance à la flexion pour des roches diverses
4
- Conclusion
Les méthodes de mesure de
résistance à l'abrasion sont
beaucoup trop nombreuses, avec des paramètres trop variables :
surface de
l'échantillon, rotation de l'échantillon, pression
d'application, vitesse du
plateau, porosité du plateau (la fonte peut retenir les grains
d'abrasif),
nature, granulométrie et angularité de l'abrasif (sable,
carborundum, alumine,
diamant), renouvellement de l'abrasif, entraînement de l'abrasif
par de l'eau,
de l'huile ou bien à sec.
Pour trouver une formule de conversion entre
ces
méthodes, au moins entre les principales, il faudrait tester une
large série de
roches diverses. On peut se demander comment les professionnels ont pu
s'y
retrouver jusqu'ici pour comparer la résistance à
l'abrasion des roches de
diverses origines.
Les tentatives de corrélation entre
usure et
résistance à la rupture donnent des résultats
faibles à nuls, il n'y a pas
d'espoir d'évaluer la
résistance à l'abrasion par l'utilisation de ces mesures
facilement
disponibles.
Notre suggestion est de distinguer trois
méthodes
pratiques d'évaluation de la résistance à
l'abrasion :
- résistance à l'usure pour les
dallages,
employant du sable siliceux (plus fréquent sous les semelles des
piétons que le
carborundum ou l'alumine).
Une norme européenne s'appliquant aux
dallages
intérieurs doit être prochainement publiée : elle
propose d'appliquer l'
échantillon avec une force de 14 kgf contre un disque d'acier de
200 mm de
diamètre et de 70 mm d'épaisseur, effectuant 75 tours en
une minute (parcours
de 47,12 m) ; l'abrasif est de l'alumine de grain 80, s'écoulant
à sec entre
l'échantillon et le disque. On mesure la corde de l'empreinte en
mm. Cette
méthode est donc similaire à la méthode Capon. Les
préconisations, c'est à dire
les limites acceptables pour les différents emplois, ne sont pas
encore fixées.
- résistance au meulage, par meules
diamantées, pour
mesurer l'aptitude de la roche à subir les premières
phases de polissage
sur les chaînes,
- résistance au sciage, inverse de la sciabilité,
évaluant la difficulté de sciage au disque
diamanté et à la grenaille.